J’exerce la profession de safranière, en plein cœur de Marseille, depuis environ 5 ans. J’ai été en partie poussée par les circonstances, car c’est une activité difficile, qui demande beaucoup d’efforts plus ou moins bien récompensés.

Un terrain en pleine ville converti en safranière

safranière

D’origine arménienne, mon père Joseph a survécu au génocide de 1915. En 1959, ses frères et lui ont acheté ce beau terrain en restanques, dans le quartier de Saint-Loup, à l’est de Marseille (10e arrondissement), où je vis depuis presque toujours.

Ayant hérité de ce lieu magique, je le partage avec mes enfants et toutes les personnes qui passent par chez nous, et j’y cultive le SAFRAN DE MARSEILLE. C’est la seule safranière en centre-ville, d’ailleurs on voit la Bonne-Mère depuis le terrain. Au XVème siècle, le safran était déjà cultivé à Marseille, je n’ai donc rien inventé.

Mon père aimait jardiner ici. Je n’ai pas seulement hérité du terrain, mais d’un état d’esprit. Ce que je fais ici doit avoir un sens.

J’y ai aussi un atelier de créations de luminaires et plein d’autres choses, je suis une passionnée. Originale, fée, folle, hippie, c’est en général ce que les gens disent de moi ; je préfère dire vivante, simplement.

Devenir safranière, ça s’apprend

safranière

Au début des années 2010, j’ai décidé de laisser tomber ma carrière de commerciale et mon tailleur « bleu de travail ». Je me suis formée sur le tas, à l’aide notamment d’Internet. Autant dire que j’ai aussi appris de mes erreurs. Une année, en voulant torréfier les pistils, je les ai brûlés ! La leçon a été cuisante.

Sans oublier que les fleurs de safran ont des prédateurs : escargots et limaces s’en régalent ! Quand la météo et la grêle ne s’en mêlent pas.

Une telle plantation, bien qu’elle ne fasse « que » 1000m², demande du travail toute l’année : en début d’année, il faut désherber le terrain et le préparer au cours du printemps, on plante les bulbes en juillet/août, puis le pic de récolte a lieu en novembre du fait de la météo clémente dans la région. Tout est réalisé à la main, rien n’est automatisé.

La récolte est la partie la plus délicate : les fleurs sont ramassées une par une, alors qu’il fait encore nuit. Elles sont ensuite émondées, les pistils sont délicatement ôtés. L’émondage doit être réalisé dans les 24h qui suivent la cueillette, car après la fleur fane. Ensuite, les pistils devront sécher.

À titre informatif :

  • 1g de safran nécessite 150 à 200 fleurs.
  • 100g sont une bonne récolte.

Le safran demande de la patience et de la persévérance. J’ai eu ma première récolte satisfaisante au bout de 3 ans : il s’agissait de 130g ! En 2012, ma récolte était de 40g, ce qui représente environ 2000 euros pour une année de travail…

Conseils aux prétendants : n’envisagez pas une telle reconversion par appât du gain. Certes, le safran est l’épice la plus chère au monde, mais ce n’est pas pour rien : en récolter quelques grammes demande de très nombreux efforts. En m’installant, j’étais consciente qu’il fallait être passionnée pour me lancer dans une telle aventure.

Des activités et des produits dérivés autour du safran

safranière

Je vends mon safran sur place, « à la propriété ».

Afin de le faire connaître, j’organise toute sorte d’évènements dans ma safranière :

  • Les « bouffes du safran » une fois par mois, le samedi midi, la safranière se transforme en table d’hôtes. Il n’est d’ailleurs pas rare que ça se prolonge jusqu’à tard le soir, et que guitares et djembés soient de la partie !
  • Les « petites choses du mardi ». Il s’agit d’un apéritif dînatoire, toujours décliné autour du safran, où chacun est libre de payer le prix qu’il estime juste.
  • Les chambres d’hôtes : toute l’année, je reçois les touristes recherchant un hébergement plus authentique. À 10 minutes du centre-ville et à 15 de la plage, autant dire que le cadre est idéal.
  • Sur rendez-vous, j’accueille des curieux désirant visiter l’exploitation.

Après la récolte, et pendant les fêtes de fin d’année, je vends aussi des bijoux contenant des pistils de safran. Il existe aussi un sirop au safran de Marseille.

Un conseil pour les lecteurs de QuotiBien ? Le safran étant une épice souvent contrefaite, achetez plutôt des pistils que de la poudre, dont vous ne serez pas sûr de ce qu’elle contient. Faites infuser ces pistils dans un peu de lait ou de bouillon pour dégager tout l’arôme du safran, et versez le tout dans votre préparation.

Laurence Buffet

Laurence est rédactrice et éditorialiste.
Surnommée « Huggie les bons tuyaux », elle touche à tout et ne paie jamais rien plein pot !
Bavarde et râleuse, ses Éditos mensuels ne mâcheront pas leurs mots !
How feel the Lau
Laurence Buffet

Commenter cet article sur Facebook !

commentaires

Pin It on Pinterest