Lorsque l’on pense « journée internationale des droits des femmes », plusieurs noms de femmes exceptionnelles nous viennent en tête. Nous en avons choisi 3, mais bien sûr il y en a tant d’autres qui ont œuvré pour la liberté et le droit des femmes…

Voici les portraits de ces trois femmes modernes, brillantes et libres : Marie Curie, Lucie Aubrac et Simone de Beauvoir.

 

Marie Curie

De son vrai nom Maria Salomea Sklodowska, Marie Curie nait à Varsovie, en Pologne, le 7 novembre 1867. Marie est brillante. Elle obtient son diplôme de fin d’études secondaires en Pologne avec la médaille d’or, à 16 ans à peine. Puisque les études supérieures sont interdites aux femmes en Pologne, Marie devient gouvernante en France et étudie la physique à la faculté des sciences. Elle n’a que 36 ans lorsqu’elle reçoit, avec son époux Pierre, son premier prix Nobel de physique pour leurs recherches sur les radiations. Elle en obtiendra un autre, seule, en 1911 : le prix Nobel de chimie, pour ses travaux sur le polonium et le radium. Elle est la première et la seule femme à ce jour à obtenir deux fois un prix Nobel. Elle obtient bien d’autres prix et remplacera même son mari, à son décès, comme professeure à la Sorbonne.

Marie n’est pas seulement une scientifique de renom. Elle est aussi une battante et une grande combattante de la liberté des femmes. Humaniste, Marie part en camion sur le front afin de soigner les soldats lors de la première guerre mondiale. Elle sera vite nommée directrice du service radiologie de la Croix Rouge. Bien trop exposée aux éléments radioactifs, elle en tombera malade et, malgré sa leucémie, assurera la direction de la section de physique et de chimie de l’institut du radium. Elle rentre dans un sanatorium pour y être soignée le 29 juin 1934, pour malheureusement y décéder le 4 juillet suivant.

Marie Curie est la première femme docteure en physique, professeure à la Sorbonne, soutenue par des mouvements féministes, reconnue par la presse, et enterrée au Panthéon pour ses propres mérites. Même les Américains, touchés par sa cause, lui ont offert ses deux premiers grammes de radium pour ses travaux, en 1921 et 1929.

Femmes - Marie Curie en 1927 avex Albert Einstein

Photo de la conférence de Solvay en 1927, Marie Curie seule femme au milieu de nombreux physiciens, notamment Albert Einstein. Source photo Pixabay.

 

Site de l’institut Marie Curie : http://www.curie.fr/

 


 

Lucie Aubrac

Femmes - Lucie Aubrac

Lucie Bernard nait le 29 juin 1912 dans une famille de modestes agriculteurs bourguignons. Elle part pour Paris à la fin des années 20, pour suivre des études d’histoire. Lucie devient très vite militante des Jeunesses Communistes. Agrégée d’histoire en 1938, elle est professeure à Strasbourg. Elle y rencontre son futur mari, Raymond Samuel (qui prend le pseudonyme d’Aubrac dans la clandestinité) et l’épouse en décembre 1939.

En Août 1940, elle organise la première évasion de son mari, prisonnier à Sarrebourg. Ils se réfugient à Lyon. Lucie retrouve Jean Cavaillès, professeur de philosophie, qui a été son collègue à Strasbourg, et Emmanuel d’Astier de la Vigerie, journaliste, qui a créé récemment une organisation anti-nazi et anti-vychiste, La Dernière Colonne. Avec Raymond, ils entrent dans cette organisation et les activités clandestines commencent. Lucie met notamment en place avec son ami André Ternet des moyens d’édition et d’émissions clandestines. Elle est en contact permanent avec le parti communiste en zone Sud. 1941 est marquée par la naissance de son premier enfant, Jean-Pierre, mais aussi celle de Libération, journal fondé avec Emmanuel d’Astier, qui devient le mouvement de résistance le plus important grâce notamment aux époux Aubrac. Lucie a du caractère, ce qui lui vaut parfois des critiques, lorsque notamment elle n’hésite pas à demander que toutes les forces de Libération soient mises au service des évasions.

En juin 1943, Raymond est encore arrêté, à Caluire. Elle organise de nouveau son évasion, sous le nez et la barbe de Klaus Barbie lui-même.  S’ensuit un nouveau voyage dans la clandestinité. Lucie est enceinte de son deuxième enfant, Catherine, qui nait en février 1944 à Londres et qui aura comme parrain le Général de Gaulle.

Après la guerre, Lucie entre en politique, sur les listes du Parti Communiste. Mère de quatre enfants, elle est rarement élue. Mais elle est reconnue dans ses combats et les médias la mettent à l’honneur. Lucie intègre le comité exécutif de la propagande et prend le micro souvent pour commenter les combats des femmes.

Elle siège à Paris à l’Assemblée consultative. Elle se bat pour le droit de vote des femmes, aux côtés du Général. Elle fait ouvrir des maisons d’enfants en Provence pour les orphelins de résistants. Lucie Aubrac siège dans les commissions de l’Éducation nationale, de la Justice, de l’Épuration puis du Travail et des Affaires sociales. Elle est également directrice de Femmes, hebdomadaire adressées aux femmes du mouvement.

Les femmes votent pour la première fois le 29 avril 1945 aux élections municipales et le 21 octobre 1945 pour un vote national (Référendum et Assemblée constituante, où 33 femmes sont élues, dont 17 communistes).

Le couple Aubrac vivra pendant 22 ans à l’étranger (Le Maroc, Rome), puis reviendra à Paris à la fin des années 1970. Quoique quelque peu oubliée, Lucie continuera à se battre toute sa vie pour les Droits de l’Homme et, surtout, des femmes. Elle sera présente notamment aux côtés de François Mitterrand aux élections de 1981 et 1988. Elle publie une autobiographie en 1984 (Ils partiront dans l’ivresse) et son dernier ouvrage en 2000 (La résistance expliquée à mes petits-enfants). Un film retracera sa vie, de son vivant, en 1997.

Lucie s’éteint le 14 mars 2007 à Paris, à l’âge de 94 ans. Ses obsèques ont lieu le 21 mars aux Invalides, avec les honneurs militaires.

 


 

Simone de Beauvoir

Elle s’appelle Simone-Lucie-Ernestine-Marie Bertrand de Beauvoir, lorsqu’elle voir le jour le 9 janvier 1908 à Paris. On connaît Simone de Beauvoir comme philosophe avant tout, romancière, mais aussi épistolière, mémorialiste et essayiste. Oui, tout cela. Et on aime encore plus à rappeler qu’elle est la compagne de toujours du grand philosophe Jean-Paul Sartre. Malgré leur évidente complicité, malgré leurs parcours communs, Simone sait se dénoter du grand Jean-Paul et faire en sorte que leurs philosophies, quoique ressemblantes, soient dissociées. Simone pense d’elle-même, Simone s’affirme et devient une théoricienne importante du féminisme, participant au mouvement de libération des femmes dans les années 1970.

Née dans une famille aisée, puis vivant la banqueroute, Simone ne connaît pas que l’opulence. Elle voit ses parents se déchirer suite à ces échecs financiers, supporte tant bien que mal le fait que son père espérait avoir un fils plutôt qu’une fille. Une enfance pas forcément des plus faciles, où Simone ne trouve pas toujours sa place. Elle décide, dès l’âge de 15 ans, de devenir écrivain. Oui, mais Simone a du caractère et elle veut devenir écrivain célèbre. Pas moins que ça. Après son bac, elle obtient les certificats de mathématiques, de lettres, de littérature et de latin, d’éthique et de psychologie, puis une licence de lettres mention philosophie. Elle rencontre Jean-Paul à la faculté de lettres. Un « amour nécessaire », comme elle l’appelle elle-même, en naîtra. C’est une relation, forte, mythique, atypique, qui se crée entre ces deux êtres, qui s’aimeront jusqu’à la mort.

Simone sera reçue 2ème au concours d’agrégation de philosophie en 1929, juste derrière… Jean-Paul Sartre. « Le Castor » (surnom qui lui est donné plus jeune et repris par Sartre) se trouve nommée professeure de philosophie à Marseille. Désespérée de devoir quitter Jean-Paul, il lui propose de l’épouser. Elle refuse, malgré tout son amour, pour éviter « toute obligation familiale ». Simone est indépendante. Avec Jean-Paul, ils « signent » un pacte leur autorisant des « amours contingentes » en opposition à leur « amour nécessaire ». Ainsi, chacun a ses aventures, celles de Simone étant connues, notamment avec Olga Kosakiewitcz et Bianca Bienenfeld, deux de ses élèves, ainsi que le futur mari d’Olga, un élève de Sartre. Sartre lui-même se prenant de passion pour Olga mais se trouvant éconduit, tout ce petit monde devient un groupe d’amis surnommé « la petite famille », qui restera uni toute la vie, malgré quelques brouilles.

C’est peu avant la guerre que le couple est enfin muté à Paris. Simone publie son premier livre en 1943, après avoir essuyé des refus pour d’autres romans (dont l’un paraîtra tout de même en 1979). Elle est suspendue de l’Éducation nationale en juin 1943, jusqu’à la Libération, pour « excitation de mineure à la débauche ». Mais elle n’enseignera plus jamais.

Femme de lettres engagée, elle fonde avec Jean-Paul et quelques autres intellectuels de gauche (dont Boris Vian) la revue « Les temps modernes », qui œuvre à faire connaître l’existentialisme à travers la littérature contemporaine. Mais elle continue en parallèle sa carrière personnelle. Elle écrit romans et essais sur le communisme, l’athéisme et l’existentialisme. Elle rencontre des personnalités communistes du monde entier (dont Fidel Castro et Che Guevara) et vit une relation passionnée avec Nelson Algren (romancier américain). La consécration vient enfin en 1949 avec son livre Le deuxième sexe. Elle a réussi le pari de ses 15 ans : être une écrivaine célèbre. Elle fait scandale au Vatican, devient la figure de proue du féminisme en dénonçant la société qui fait encore au 20ème siècle de la femme le sexe inférieur. Elle prône l’avortement (25 ans avant la loi) et elle considère le mariage comme une domination de l’homme sur la femme. Plus que cela, elle le dépeint comme une « institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution ».

Femmes - Simone de Beauvoir.

En 1960, avec Le Che et Sartre

 

Simone de Beauvoir obtient en 1954 le prix Goncourt pour son livre Les mandarins et devient l’un des auteurs, quoique femme, les plus lus au monde. Elle commence en en 1958 son autobiographie, écorchant ce milieu bourgeois dont elle vient, empli de préjugés et de traditions avilissantes. Elle qualifie sa relation avec Sartre de « totale réussite », même s’ils pratiquent le sexe chacun de leur côté. En 1964, elle publie un livre poignant, son plus abouti selon Jean-Paul : Une mort très douce. Ce récit relate la mort de sa mère et sous-entend un refus de l’acharnement thérapeutique, au profit de l’euthanasie.

C’est à cette période qu’elle rencontre Sylvie Le Bon, qui deviendra sa fille adoptive et son héritière.

Avant-gardiste, militante de la cause des femmes, Simone de Beauvoir, associée à Gisèle Halimi et Élisabeth Badinter, participe à la reconnaissance des tortures infligées aux femmes pendant la guerre d’Algérie. Elles se battent ensemble pour obtenir le droit à l’avortement. Toute sa vie aura été consacrée à la lutte pour le droit des femmes : sur le terrain, en rencontrant des ouvrières et des dirigeants politiques, et dans ses livres, afin de prôner une libération sexuelle et politique des femmes.

Sartre disparaît en 1980. Simone écrira pour lui La cérémonie des Adieux, où ses mots crus, relatant des détails médicaux ou intimes, choqueront certains disciples du grand philosophe. Elle publiera également des Entretiens avec Jean-Paul, rendant hommage à son œuvre.

Simone s’éteindra le 14 avril 1986 à Paris et sera inhumée au cimetière Montparnasse à Paris, aux côtés de l’amour de sa vie, Jean-Paul Sartre. Un prix « Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes » sera créé en son honneur en 2008.

Céline Perrin

Céline a plus d’une corde à son arc : écrivain public, elle est aussi rédactrice web, correctrice, biographe et auteure pour la jeunesse.
Toujours à l’écoute des autres et très communicative, elle bouillonne d’idées en permanence !
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Céline Perrin

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