Maman, Papa,

Ce n’est pas sans émotion que je vous écris ces quelques mots. En effet, il s’agit de mon avenir.

Ça y est, je sais enfin ce que je veux faire dans la vie. J’espère que vous serez fiers de mon choix.

Vous pensez que je veux être médecin ? Bien sûr, sauver des vies, c’est ce qu’il y a de plus beau. Mais aujourd’hui l’hôpital doit être rentable, comme un magasin. Je n’ai pas cette vocation.

Alors, juge pour enfants ? Décider de l’avenir d’un enfant entre deux dossiers car ils s’accumulent, faute de personnel et de moyens ? Non merci.

Enseignant ? Pour me faire insulter par les parents et les enfants qui me prennent pour une planquée ? Je passe.

Auto-entrepreneur, me direz-vous. Pour finir sans couverture sociale ? À votre avis ?

Maman, Papa, je veux être femme politique. Pourquoi ? Par attrait pour l’intérêt général ? Non, plutôt par intérêt pour la chose publique.

Je souhaite embrasser une carrière politique car je veux une meilleure vie

Maman, toi qui angoisses dès février pour ta déclaration d’impôts, sache que lorsque tu es élue, il suffit de ne pas la remplir à cause de ta phobie administrative.

Papa, toi qui même malade vas travailler, si tu avais un mandat, ton médecin t’arrêterait au moindre choc émotionnel. Tu ne sais pas si après plus de 40 ans de travail tu toucheras une retraite ; un élu en perçoit une à vie quelle qu’ait été la durée de son mandat.

Moi qui galérais dans le métro aux heures de pointe, je veux y vivre des moments de grâce.

Celui qui ne se rend pas en classe ou au travail, dans notre monde, est directement sanctionné. Mais, par exemple, de nombreux parlementaires peuvent s’abstenir de siéger, donc de venir faire ce pour quoi ils seront de toute façon payés ! Et par qui ? Par ceux qui sont obligés d’aller travailler même malades.

Sans parler des caisses noires, des armadas d’assistants, des voitures de fonction et jets privés, des grands restaurants.

Voilà, j’ai dû me faire une raison. Le monde des Bisounours n’existe pas. Or je dois choisir quel sera mon avenir. Il paraît qu’il faut en vouloir pour réussir ; j’en veux, je vais réussir. Réussir à avoir une vie douce, éloignée des basses contingences matérielles (connaître le prix du ticket de métro, c’est d’un tel ennui).

Bien sûr, le chemin va être dur. Il va me falloir viser haut. Si les maires des petites communes vivaient bien, ça se saurait. Idem pour les stagiaires. Je vais devoir perdre mes repères : travail, honnêteté, intégrité, je vais devoir laisser derrière moi tout ce que vous m’avez appris.

Vous n’êtes pas fiers ? Je ne m’en fais pas, après quelques gueuletons aux frais de la princesse, la fierté d’avoir une fille en politique l’emportera.

Laurence Buffet

Laurence Buffet

Laurence est rédactrice et éditorialiste.
Surnommée « Huggie les bons tuyaux », elle touche à tout et ne paie jamais rien plein pot !
Bavarde et râleuse, ses Éditos mensuels ne mâcheront pas leurs mots !
How feel the Lau
Laurence Buffet

Commenter cet article sur Facebook !

commentaires

Pin It on Pinterest