De nombreuses vocations méritent qu’on s’attarde sur elles. Parmi ces métiers qui sont mal reconnus, auxquels on oublie de rendre hommage parfois, nous avons choisi aujourd’hui celui d’assistante maternelle.

Nous parlons de ce métier au féminin, ne nous en veuillez pas Messieurs, mais la réalité est la suivante : vous n’êtes que 3% à exercer ce beau métier.

Nous sommes le 19 novembre, journée nationale des assistant(e)s maternel(le)s, l’occasion pour la Rédac’ de QuotiBien.fr de leur donner la parole à travers un témoignage croisé.

Je suis assistante maternelle

Le mot de « vocation » n’est pas exagéré. Nous pourrions même utiliser le terme « sacerdoce », il ne serait pas trop fort. Car, même lorsque l’on choisit ce métier pour travailler à la maison ou pour compléter le salaire de son conjoint, il est nécessaire pour bien l’exercer, d’aimer les enfants, cela va de soi. Mais aussi d’être prête à sacrifier des heures de complicité avec ses propres enfants, à bouleverser son emploi du temps, à faire preuve de nombre de qualités essentielles, sans gagner des fortunes.

Nous les laissons s’exprimer et les remercions de nous avoir apporté leur témoignage. Merci donc à Létizia, Nathalie, Karin, Bénédicte, Laëtitia et Stéphanie.

Devenir assistante maternelle

Comment et pourquoi devient-on assistante maternelle ?

assistante maternelle

Létizia : « Ce n’était pas le choix auquel je me destinais. Une année de FAC de pharma, deux ans de brevet professionnel de préparatrice en pharmacie, dix ans de travail dans ce milieu que j’ai aimés, en contact avec la clientèle en permanence, j’ai choisi après la naissance de mon troisième enfant de travailler à la maison. Malgré le fait de m’être un peu plus isolée à la maison, j’aime ce métier et heureusement. Car je travaille du lundi au samedi, avec des horaires parfois tardifs et je ne suis pas forcément bien payée pour ce que je fais. Mais je travaille tout en m’occupant des miens et, ça, ça n’a pas de prix. »

Karin : « Je suis devenue assistante maternelle au moment de mon divorce. Ayant peu d’expérience professionnelle et de qualifications pour trouver un travail suffisamment rémunéré, afin de m’occuper de mes trois enfants et payer un loyer assez cher, j’ai choisi de devenir assistante maternelle pour m’occuper de mes enfants et travailler en parallèle à la maison. J’ai cru choquer nombre de mes collègues lors de la réunion d’information qui disaient vouloir faire ce métier parce que les enfants « sont trop mignons ». Mais j’ai préféré être franche. Je ne regrette pas mon choix à ce jour, et je continue même si mes enfants sont maintenant au collège et au lycée. J’ai commencé par un agrément pour 2 enfants, puis pour 4 à plein temps, actuellement j’ai une dérogation pour un cinquième et je ne garde que des périscolaires dont 3 viennent à partir de 11h30. Cela me laisse du temps pour exercer d’autres activités. »

Bénédicte : « J’étais employée de maison depuis 1998 et jusqu’en 2003 j’ai gardé des enfants au domicile de leurs parents. J’ai mis ma première fille à la crèche et c’était très difficile pour moi de faire cela tout en allant garder d’autres enfants. Je n’ai pas voulu vivre la même chose pour ma deuxième fille et j’ai donc entamé les démarches pour être assistante maternelle. »

Laëtitia : « J’ai choisi ce métier parce que je voulais combiner vie de famille et vie professionnelle. Mon mari est militaire et donc très souvent absent. J’étais avant cela vendeuse en boulangerie, avec des horaires atypiques et un mal fou à trouver une assistante maternelle qui pouvait garder mes enfants de 6h30 à 20h30. J’ai donc eu recours à une nounou à domicile, seulement mon salaire y passait tout entier. C’est pour cela que j’ai choisi ce métier. J’ai déménagé depuis, mais l’avantage de ce métier est que l’on trouve du travail partout. »

Les côtés agréables du métier

Ce métier apporte à celles qui le pratiquent des moments uniques avec les enfants, de bonnes surprises, des moments complices et tendres. Toutes relèvent ce côté agréable de ce métier et de nombreux enfants sont heureux de revenir voir « Tata » ou « Nounou » même des années après les avoir quittées.

assistante maternelle

Létizia : « Les enfants ne sont pas bêtes, loin de là. Ils savent ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire là où ils se trouvent. Ils ont un comportement différent de celui qu’ils ont chez eux. Après plusieurs années, je peux dire que si l’on explique bien les choses dès le départ aux Loulous, que l’on interdit le « laisser-aller » sans les terroriser, tout se passe bien. Souvent, les parents ne les reconnaissent pas quand ils sont avec moi. J’aime beaucoup ce moment. Après, il faut dire que je leur parle beaucoup, que je leur explique énormément de choses, que je m’occupe énormément d’eux, on partage des activités, on bricole, on se promène, on cuisine… »

Karin : « Ce n’est pas un métier facile si on veut le faire correctement, et parfois je m’arrache les cheveux. Mais en même temps ce « Karin, je t’aime » qui sort de la bouche d’un enfant parfois fait tellement de bien que je me rappelle pourquoi j’exerce ce métier. »

Nathalie : « Mes avantages sont que je suis présente pour mes Loulous. Certes, j’ai les tiots que je garde, mais maman peut être présente quand même ! En plus, on peut choisir ses patrons. Je fonctionne au feeling. Quand je vois que ça se passe bien, en général j’ai le contrat. Quand je sens que ça coince un peu, je préfère refuser. Comme refuser certaines exigences farfelues des parents. »

Ce qui est plus délicat

Tout métier a ses avantages et ses inconvénients. Mais ceux des assistantes maternelles ne sont pas communs aux autres professions. Certaines n’hésitent pas, au bout de quelques années d’expérience, à ne pas signer un contrat si elles sentent qu’elles ne s’entendront pas avec les parents. Métier mal reconnu, mal payé, formations non dispensées, sont les termes qui reviennent le plus souvent.

assistante maternelle

Létizia : « On entend dire qu’on est payées à rester à la maison, garder des enfants ce n’est pas un boulot, on est payées trop cher pour ce qu’on fait… Il faut savoir que pourtant nous avons des parents avec leurs exigences : pas de télévision, pas de contact avec les animaux, pas de bruit pendant la sieste, pas de balade en voiture sauf en cas de maladie ou d’urgence… Au début je me suis laissé bouffer, mais j’ai appris à m’imposer gentiment et à dire non à certaines choses. Je suis chez moi et ce n’est pas toujours au parent-employeur de me dire comment faire chez moi. Il y a des limites à poser. Je ne suis pas là non plus pour « remplacer » les parents : eux commencent l’éducation chez eux, moi je poursuis. Mais nombre de parents parfois baissent les bras et comptent sur nous. Ils ne voient pas beaucoup leur enfant, ne veulent pas le punir, comptent sur nous pour le faire et pour leur apprendre la politesse la propreté. On met des choses en place et du vendredi au lundi, on se rend compte qu’on a tout à refaire, ou presque. Alors oui, c’est un métier difficile, mal payé, peu reconnu, avec beaucoup de responsabilités de s’occuper de petits et tout-petits. On s’isole aussi énormément, car on reste à domicile parfois de 7h le matin à 19h30 minimum. Faire ses courses ou son ménage après 20h ce n’est pas facile et, par moments, le psychisme en prend un coup. »

Nathalie : « Au niveau formation, on manque d’informations au niveau de la maltraitance des enfants, la propreté, les repas, les allergies… On doit apprendre sur Internet, se renseigner par soi-même. On ne nous donne pas les nouvelles lois, les nouveaux règlements. Tu es vite isolée. Tu ne vois personne. Normalement, tu n’as pas le droit de recevoir du monde chez toi pendant que tu as les enfants. Imagine quand je fais une semaine avec des journées de 6h à 22h ! En plus, en principe tu n’as pas le droit de préparer les repas pendant que les enfants sont là, mais la veille. Mais je les fais parfois avec eux, afin qu’ils manipulent, qu’ils goûtent, et qu’ils sachent ce qu’ils mangent.

Karin : « Je n’étais pas forcément préparée au fait qu’il faut parfois (souvent) être détective, infirmière, conseillère conjugale en même temps. Ce ne sont pas les enfants qui sont les plus compliqués, mais les parents. Ce sont des humains comme nous, avec des états d’âme. Et la relation que nous avons avec eux implique que nous voyions que certains sont impuissants face à l’éducation de leurs enfants et qu’ils comptent sur nos conseils. On ne peut pas fermer la porte en répondant que ce n’est pas notre problème. Je suis aussi très vigilante sur la santé des enfants que je garde. Je sens quand ils ont de la fièvre alors que 30 minutes auparavant les parents me les ont laissés en pleine forme. Bizarrement, ces jours-là les parents ne peuvent quitter leur travail et les enfants se retrouvent HS sur mon canapé. Ils ont aussi leurs chagrins, comme lorsqu’ils sentent que leurs parents vont se séparer… Ces choses-là, on ne les apprend pas lors de la formation, chacun fait comme il peut. »

Laëtitia : « Ce qui n’est pas facile tous les jours, c’est de bien faire avec les parents. J’ai eu deux mauvaises expériences en 8 ans, mais jamais aucun souci avec les enfants. Je pense que le plus dur dans notre métier c’est d’être « coupée du monde » sans réelle vie sociale. J’ai donc passé en Mars mon CAP Petite enfance afin de pouvoir travailler en structure. »

Stéphanie : « Heureusement, il existe les RAM (Relais Assistants Maternels) depuis quelques années. Ils permettent un peu de rompre l’isolement, car on se retrouve pour des temps collectifs entre collègues et enfants dans un local, ou un bus itinérant aménagé. L’animatrice propose des activités et un thème est abordé, comme par exemple le calcul des congés payés. C’est un lieu de médiation entre les parents employeurs et les assistantes maternelles lors de situations problématiques ou juste des demandes d’information. C’est le seul endroit où nous sommes autorisées à nous regrouper et, même si nous adorons les enfants, cela nous fait du bien de parler d’autre chose que Petit Ours Brun ou de chanter Les petits poissons… »

Létizia : « Ah oui, j’ai presque oublié de dire qu’en plus des PMI et des RAM il existe des associations d’assistantes maternelles. J’en fais partie dans mon secteur. Elle nous aide lorsqu’il y a des problèmes dans les contrats, avec les parents ou avec les enfants. Nous sommes écoutées, on nous donne les dernières lois et recommandations, on nous aide à trouver des parents-employeurs, à faire nos déclarations d’impôts. Nous organisons des bourses qui permettent de trouver du matériel et des jouets à petit prix. Bien sûr, nous organisons une journée pour les enfants au moment de la journée nationale des assistantes maternelles. C’est un moment magnifique. »

L’avenir et les débouchés

Quelles sont les perspectives de carrière des assistantes maternelles ? Peuvent-elles espérer une évolution de leur profession ? Pourquoi passer un CAP Petite Enfance ou une VAE ?

assistante maternelle

Nathalie : « On peut postuler dans des micro-crèches, des crèches, crèches familiales. On peut aussi créer la sienne, mais c’est un long parcours semé d’embûches ! J’ai essayé dans le secteur où je suis et cela a été impossible. »

Bénédicte : « J’ai un diplôme BTA SMR (services e milieu rural) et j’ai choisi la petite enfance en halte-garderie. Ceci a été pris en compte ainsi que mon expérience chez les particuliers. En 2006, j’ai passé mon CAP petite enfance en VAE de ma propre initiative et je n’ai fait que 60h de formation obligatoire. Aujourd’hui, j’ai envie de voir le métier autrement, avec la création d’une « MAM » (un regroupement d’assistantes maternelles dans une même maison, agréée par le conseil départemental). Nous sommes actuellement trois, nous avons mis trois ans pour ouvrir, non sans mal, sans aucun soutien du conseil départemental, hostile selon les syndicats à cette ouverture. Nous avons à ce jour 4 agréments, nous travaillons 5 jours par semaine avec une restriction d’âge et nous passons encore en commission le 17 novembre. Pour nous c’est mieux, notre vie privée est retrouvée, nos enfants retrouvent leurs chambres, les parents respectent les heures d’arrivée et nous n’avons plus de barrières ou autres à la maison, qui redevient un domicile « normal » si on peut dire. »

Nous adressons un grand merci supplémentaire à Létizia qui nous a confié quelques-unes des photos des bricolages qu’elle réalise avec les enfants pour Noël, Pâques, fêtes des mères et des pères…

 

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Céline Perrin

Céline a plus d’une corde à son arc : écrivain public, elle est aussi rédactrice web, correctrice, biographe et auteure pour la jeunesse.
Toujours à l’écoute des autres et très communicative, elle bouillonne d’idées en permanence !
www.abclignes.com
Céline Perrin

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